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Rédactionnel - Appelons un charabia un charabia

Parce que certains textes ne sont pas compréhensibles

Je reproduis ici un texte lu dans l'ouvrage "Libérer son écriture et enrichir son style" de Pascal Perrat. L'auteur le citait pour son côté peu digeste. Pas d'inquiétude si votre esprit s'évade pendant la lecture de ces quelques lignes, s'il vous emporte vers vos prochaines vacances ou votre liste de courses... C'est normal, il pense qu'il a mieux à faire !

 

"Les six items qui fondent l'évaluation de la compétence observée cherchent à mesurer un niveau de compréhension minimale du texte, ce en deçà de quoi un énoncé ne fait pas sens. [...] C'est la globalisation des résultats des réponses à ces items qui fait apparaitre l'intérêt d'un regroupement autour de ce premier niveau de lecture. [...] Ainsi, au cas où un groupe d'élèves échoue largement dans cette série d'items, ces résultats peuvent renvoyer à la mise en oeuvre  de stratégies de lecture inefficaces parce que fondées sur des prélèvements ponctuels d'indices sans discrimination. La constitution d'un tel groupe modulaire fournit l'opportunité d'installer une attitude d'observation du texte dans la démarche de compréhension...".

Qu'avez-vous compris après une première lecture ? Rien ou pas grand chose ? Rassurez-vous, le problème ne vient pas de vous !

Au secours, il nous manque le décodeur, avant tout pour décrypter les idées. Qu'a-t-on voulu nous dire ?

 

Étonnement n°1 : il n'y a pas d'emploi de mots compliqués, tous sont connus.

Donc chaque lecteur devrait être en mesure de se les approprier. Et pourtant, c'est tout l'inverse qui s'opère. Tels qu'associés, les mots ne renvoient pas à des référents concrets, notre cerveau ne peut pas se raccrocher à du vécu, du connu, aucune image n'apparaît à notre esprit...

Ah si, soyons juste, le mot "élèves" nous donne une indication sur le milieu auquel est destiné cet écrit. Bingo ! L'extrait figure dans un cahier accompagnant l'évaluation des classes de secondes d'un établissement scolaire. Il est peut-être un guide, comme une notice explicative pour justifier une démarche.

 

C'est donc un document qui s'adresse à des parents d'élèves et des jeunes de 16 ans. N'ont-ils pas mieux à faire que de relire x fois le texte avant de se taper sur les cuisses en se disant "ah mais oui, la bonne blague, je viens de comprendre de quoi il en retourne".

 

 Étonnement n°2 : même après plusieurs lectures, on reste en difficulté pour percevoir ce qui est pourtant primordial.

- Quel est le sens global du texte ?

- Quel message l'émetteur veut-il faire passer ?

- Quelle idée principale dois-je retenir ?

 Aucune réponse ne s'impose avec évidence. C'est la brasse coulée... Au mieux on émet des hypothèses.

Pourquoi notre esprit bloque-t-il ?

 - Le côté impersonnel, éloigné de nous. En employant le "je", le rédacteur aurait joué un rôle aidant certainement à comprendre ses intentions, ses actions. Cela l'aurait impliqué et forcé à écrire plus simplement, avec un ton plus direct.

 

Le décalage crée le décrochage. Les phrases sont longues et construites de façon telle qu'elles n'appartiennent pas au registre attendu pour un texte accompagnant des résultats scolaires. 

 

- L'association des mots est abstraite, imprécise : "un énoncé ne fait pas sens", "intérêt d'un groupement", "mise en oeuvre de stratégies de lectures inefficaces", "prélèvements ponctuels d'indices sans discrimination", "un tel groupe modulaire"...

Un énoncé de quoi ? un groupement de qui ? lectures inefficaces, qu'est-ce ? 

Il est pourtant dommage d'écrire compliqué quand on peut écrire simple

Pour des raisons liées au manque d'efficacité

1/ Que le sujet soit important ou léger, l'information à faire passer est perdue... Oups, les oubliettes ? C'est par ici !

 

2/ Le lecteur ne réagira pas comme l'émetteur l'espère : sans compréhension, pas d'action. Celui qui n'a pas intégré ce qui est attendu de lui ne bougera pas ou de façon inadaptée.

 

3/ C'est une perte de temps pour celui qui l'a écrit ET celui qui doit le lire ; la rencontre ne se fait pas.

Pour le jugement porté sur l'émetteur du texte

 

 

 

 

 

 

 

Vous-même, comment réagissez-vous à ces lectures compliquées ?

 

Niveau 1/ Indifférence

Je ne me sens pas concerné.e, donc classement vertical, à la poubelle directement. Est-ce une blague ?

Vous pensez que l'émetteur s'est trompé de cible. Il n'a pas été très scrupuleux.

 

Niveau 2/ Crainte

J'ai peur de passer à côté d'une information importante, donc je creuse, je relis plusieurs fois, je me remets en question, voire je culpabilise de ne pas comprendre.

Vous vous dites que vous êtes beaucoup moins calé.e que celui qui a produit le texte. Vous le voyez plutôt comme une personne inaccessible. Trop intellectuelle, trop perchée ?

 

Niveau 3/ Agacement

Je pense qu'on se fiche de moi, je m'énerve. C'est presque louche.

Vous envisagez que ce texte dissimule des idées mal assumées puisque mal explicitées. Une façon de faire passer la pilule ?

 

C'est donc un enjeu d'image pour une personne qui maîtrise les règles de l'écrit mais qui produit un texte en charabia. Cela peut nuire à ses relations... Car avez-vous envie d'entrer en communication avec quelqu'un qui ne semble pas se soucier de l'autre, qui ne fait pas l'effort de se rendre accessible ?

 

Si la lecture d'un texte nous amène à penser "Qu'est-ce qu'ils ont bien voulu me dire ?", c'est mauvais signe...

 

N.B. L'extrait reproduit en début de billet n'est qu'un alibi pour soutenir mon propos, en rien une attaque en règle. Il y a certainement pire encore... mais aussi bien mieux ! Pensez à vous faire aider si vous craignez de ne pas être suffisamment compréhensible.

 

  

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